On partira des trois livres de Gilles Deleuze sur Spinoza pour circuler entre trois « référentiels conceptuels » qui ont placé l’affect et la pratique au cœur de leur réflexion : le référentiel stoïcien (Épictète, où l’affect est subordonné à la raison), le référentiel spinoziste (où l’affect est au même niveau que la raison) et le référentiel phénoménologique d’Être et temps (où l’affect est premier et fondateur). La lecture de Deleuze servira de « méta-référentiel » permettant le passage d’un référentiel à l’autre. La convergence entre Ethique 4, proposition 7 et Être et temps § 29 (un affect ne se surmonte que par un affect contraire et plus fort) servira de point d’entrée dans la problématique. On examinera de près, à partir de là, la manière dont Deleuze construit l’opposition entre morale et éthique. L’éthique part de l’être et considère les existants comme des « manières d’être », affirme ainsi Deleuze. La thérapie spinoziste ne consiste pas à éradiquer les passions par la raison, comme chez les stoïciens, mais à produire une joie de comprendre plus forte que la tristesse de l’idée « mutilée et confuse ». Relue avec Heidegger, cette joie devient l’ouverture de possibilités d’existence. Le comprendre et la Stimmung y sont deux existentiaux co-originaires (je ne comprends rien sans sentir, et je ne sens rien sans comprendre), et la temporalité remplace l’imagination spinoziste, ce qui infléchit la thérapie : il s’agit de détacher la passion du passé pour la rouvrir au futur. Ce sont ces transferts qui seront analysés tout au long du séminaire.

















